Au jour 5 du confinement de l’être confiné

Je sors d’un demi-confinement hivernal. Alors qu’autrefois je prenais l’hiver de front en marchant d’un pas décidé dans la neige, en respirant le soleil froid à m’en coller les narines, en tenant tête au nordet, finissant tout de même par m’incliner, je dois trop souvent m’avouer vaincu aujourd’hui.

Certains jours, je crains que la mécanique et l’électronique du fauteuil roulant cassent au froid, que les roues s’enlisent dans la neige, et surtout, que mon nez casse et mes joues brûlent parce que je n’arrive pas à les couvrir en raison de mes bras paralysés. Je demeure alors confiné au CHSLD.

J’ai attendu fébrilement le printemps pour que la neige fonde et que davantage de chemins s’ouvrent devant moi. J’ai tout de même parcouru à peu près 150 km cet hiver…

Au premier samedi de ce printemps, le soleil a souri. J’ai pu m’évader du CHSLD.

Ma tête et mon fauteuil roulant motorisé m’ont alors conduit à un peu plus de 2 km du centre d’hébergement.

Au bout d’une rue sans issue, j’ai incliné l’assise du fauteuil d’une vingtaine de degrés, et là, en haut d’une voie ferrée, j’ai vu un ciel infini et le fleuve Saint-Laurent qui écoulait ses dernières glaces. J’y ai senti un vent de liberté.

De retour au confinement.

Journal du confinement de l’être confiné

J’ai 47 ans, je suis paralysé du cou aux pieds et je vis dans un CHSLD de la ville de Québec. Pour en connaître davantage sur moi et mon confinement intérieur, lisez mon récit qui a été finaliste du Prix du récit Radio-Canada 2019, Un jour jusqu’à la fin de mes jours.

En raison de la pandémie de la COVID-19, le Gouvernement du Québec a instauré le confinement dans les CHSLD québécois. Nul contact physique avec les familles, aucune sortie extérieure, par exemple

Au gré des jours et de mes envies, je tiendrai ici le journal de mon confinement.

Au jour 1 du confinement de l’être confiné

Ce n’est ni la pluie ni le vent ni le froid ni la neige ni l’infiniment petit en moi et au grand ravage qui m’a contraint au confinement en ce jour un et à venir.

C’est un infiniment petit qui crève sur tous les continents et toutes les chaînes qui me contraint à l’incarcération au Centre en ce premier jour et temps à venir.

Ma pensée de cette fin de jour un va à ceux que j’aime et aux trois pins de mon petit coin qui pointent le ciel et crèvent le temps lorsque j’y passe des mots des images des souvenirs.

Et arrive en cette fin de premier jour le souvenir de mon ami chantant aux grands pas me rejoignant aux trois pins, de nos mots de tout et de rien, de filles et d’écureuils.

« Pis ton livre ? » « Ça t’tentes-tu d’prendre un café ? »