Au jour 9 du confinement de l’être confiné

Il était à peu près 13 h 15 quand on est venu entourer mon cou d’un foulard, couvrir ma tête d’une tuque, plonger mes mains dans des mitaines, bien placer mes bras paralysés sur les appuis-bras du fauteuil roulant, avant de les attacher ; un bâillement peut les ressusciter momentanément, les soulever, les déplacer et me déséquilibrer. Mystère. On a finalement étendu une couverture chaude sur moi.

Ma tête m’a conduit sur une galerie en forme de L, puis je me suis stationné dans l’angle. Il faisait à peu près 6 °C à ce moment-là. Le jour devant mes yeux était une baie vitrée qui ceinture la galerie sur une hauteur d’un peu moins de 2 mètres. J’ai basculé l’assise du fauteuil, j’ai vu le ciel, j’ai fermé les yeux, je me suis rapidement endormi à 50°.

Quand je me suis réveillé une quinzaine de minutes plus tard, j’ai retranché à peu près 25° vers l’avant, et j’ai observé la forêt à travers le verre. Ça sentait le souper en préparation, ça m’a écœuré, j’en ai voulu au vent.

Un pic-bois a commencé à cogner contre un arbre tout près. Je l’ai cherché sans succès pendant un bon 10 minutes à travers les sections de verre, puis les coups sont devenus moins audibles : il a volé vers d’autres arbres.

Après le vent, c’est à lui que j’en ai voulu. J’aurais aimé qu’il cogne et fracasse le verre, l’acier, le béton et la brique pour que je m’évade du CHSLD.

2 réflexions sur “Au jour 9 du confinement de l’être confiné

  1. Les pleurs viennent des yeux , la peur vient du passé , le coeur est là sans que l’on sache de quoi il retourne .Je suis là en train de me plaindre

  2. Bonjour François. Chaque fois que je te lis, et j’ai cette chance depuis plus d’un an déjà, tes mots exercent sur moi un double pouvoir : celui de m’émouvoir et celui de m’émerveiller. Ils m’émeuvent parce qu’en chacun d’eux, je perçois l’extraordinaire force intérieure qui t’habite, ton courage immense, mais aussi ta colère, si légitime. Et ils m’émerveillent parce qu’en dépit de la maladie qui a redessiné ta vie, tu continues encore et encore de regarder le monde comme un enfant pour qui la neige, le vent, le vol et le chant d’un oiseau sont autant de raisons de saluer la splendeur qui nous entoure. Merci, François, de m’aider à mieux voir le monde.

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